• Une rencontre de titans

Ollioules, petite ville du Var de 15 000 habitants, connue pour son huile d’olive mais aussi pour sa spiruline, micro-algue riche en minéraux et en vitamines, consommée depuis la nuit des temps par de nombreuses personnes qui lui reconnaissent d’immenses vertus nutritionnelles et thérapeutiques.
N’en déplaise à la spiruline, on ne peut pas reconnaître une thérapie tant qu’elle n’est pas scientifique, voilà à peu près la thèse que Michel Onfray est venu débattre, sur l’invitation de Boris Cyrulnik et de l’association AFRECA.
Dans un gymnase rempli, les deux intervenants se sont partagé les trois heures de la conférence. Boris Cyrulnik a commencé par une reprise historique de la psychanalyse de Freud à aujourd’hui. Michel Onfray a présenté sa thèse, en filigrane dans ces deux derniers best-sellers, selon laquelle la psychanalyse serait une croyance. Or, si on peut reprocher pas mal de choses à Freud, mises en avant par le philosophe, on ne peut pas lui reprocher d’avoir fait le postulat de l’inconscient. Avec son côté burlesque, Onfray a comparé les effets de la psychanalyse aux miracles de Lourdes. Séducteur hystérique et fort de son succès en librairie, il a livré avec sarcasme : « Un psychanalyste est un ami à qui vous donnez de l’argent ». Plus étonnant, il a exposé l’idée partagée par bon nombre de personnes que « la parole doit être l’occasion d’une reconstruction personnelle, pourquoi pas avec la philosophie ? »
Dans une époque où l’on ne pense plus, ou l’on se parle plus, l’attaque de la psychanalyse semble être monnaie courante. Pas besoin d’une démarche scientifique, « la psychanalyse est avant tout une démarche personnelle, une élaboration lente, on ne voit plus le monde comme avant » a conclu Boris Cyrulnik.
Bref, cette soirée n’aura pas enseigné grand-chose sur la critique de la psychanalyse, mais plutôt sur les pratiques parfois farfelues et bizarres que Freud mettait en place. C’est cela aussi être au chevet de l’humain, avancer à tâtons. Parfois cela marche, parfois tout reste encore à faire. Et comme Freud lui-même le rappelait à une mère angoissée qui lui demandant comment faire avec son enfant : « Faites, faites, de toute façon, vous ferez toujours mal. » Phrase que semble oublier M. Onfray.

Florian Ben Soussan