Quand taire ses émotions devient de la suppression émotionnelle, selon une étude de 2021
Peur de déranger, tendance à tout relativiser, héritage d’enfance : Marie France décrit les ressorts d’un réflexe qui finit par couper de l’entourage.
En bref
- Répondre « Je vais bien » est un réflexe, mais chez certains il sert à écarter ses émotions.
- Peur de déranger, minimisation et éducation à « être fort » figurent parmi les raisons évoquées.
- Une étude longitudinale de 2021 relie suppression émotionnelle, anxiété et dépression.
- On peut garder des choses pour soi ; le confident, lui, reste disponible sans insister.
Un collègue, un ami ou un inconnu prend de vos nouvelles, et la réponse fuse sans y penser : « Ça va ». D’après Marie France, cette formule presque mécanique peut, chez certaines personnes, aller au-delà de la simple politesse. Elle sert alors à écarter ce que l’on éprouve, sans que l’on en ait vraiment conscience.
Les raisons de répondre que tout va bien
L’article distingue plusieurs ressorts, qui peuvent coexister :
- Ne pas déranger. Pourquoi inquiéter ses proches avec des soucis qu’ils ne pourront probablement pas résoudre ?
- Tout relativiser. À force de se répéter que « ce n’est rien » ou que « ça pourrait être pire », on peut passer à côté de son propre mal-être.
- Éviter l’image de fragilité. Avouer une difficulté revient à reconnaître ses failles, ce que certains acceptent mal.
- Un héritage d’enfance. Si l’on a été élevé dans la conviction qu’il fallait se montrer solide, éviter de geindre et surtout retenir ses larmes, cela marque la vie adulte.
Garder la face reste alors le mot d’ordre, même devant une personne bienveillante, et il n’est pas toujours simple de se défaire de ce carcan.
Quand dissimuler devient de la suppression émotionnelle
Du point de vue psychologique, ce penchant à masquer son vécu intérieur peut s’apparenter à la suppression émotionnelle, soit le fait de contenir les signes visibles de ce que l’on éprouve. Après un licenciement ou une séparation, on lance « Ça va » alors qu’au fond, tout va mal. Pourtant, faire bonne figure, même avec aplomb, n’efface ni le chagrin ni les angoisses.
Conserver tout pour soi en permanence peut finir par plomber le moral. Une recherche longitudinale parue en 2021 a mis au jour une relation réciproque entre la suppression émotionnelle et les symptômes d’anxiété comme de dépression.
Un masque qui éloigne des autres
Celles et ceux qui taisent leurs états d’âme rendent également la mission de leurs proches plus ardue. Comment savoir si un « Je vais bien » est franc ou s’il vise à clore l’échange ? Ouvrir le dialogue ou offrir une écoute attentive se complique. On peut ainsi se retrouver isolé face à ses difficultés, et cet éloignement risque, avec le temps, de nuire au bien-être autant qu’aux relations.
Garder le droit au silence, sans s’ignorer
L’article ne demande pas de se confier sans filtre à la première personne venue. On a le droit de garder certaines choses pour soi, notamment quand on n’est pas prêt à en parler. Il invite seulement à ne pas négliger systématiquement ce que l’on ressent.
Quand on est dans le rôle du confident et qu’un « Ça va » paraît peu sincère, mieux vaut ne pas pousser : rester présent et accessible, sans insister. Un climat de confiance peut rendre l’échange plus aisé et, peut-être, donner à l’autre à son tour l’occasion de s’ouvrir.
Photo : Thomas Parker / Pexels